Millau 2018 – 100km

Il s’agit de votre tout premier article Cliquez sur le lien Modifier pour le modifier ou le supprimer ou commencez un nouvel article. Si vous le souhaitez, utilisez cet article pour indiquer aux lecteurs pourquoi vous avez commencé ce blog et ce que vous envisagez d’en faire. Si vous avez besoin d’aide, adressez-vous aux gentils utilisateurs de nos forums.

Ma course des 100km de Millau a débuté Samedi 29 Septembre 2018, réveil à 6h chez mes parents, en Lozère, chez qui j’ai fait escale afin d’être au plus proche de la ligne de départ, dans un environnement connu, calme, relaxant.

J’ai informé mes parents 5 jours auparavant, qu’au lieu de faire le marathon de Millau comme annoncé, je faisais les 100km. J’ai découvert cette course il y a 18 ans, lorsqu’un sous-officier de la caserne de pompier où j’étais volontaire venait d’y participer. Lorsque j’ai appris que cette course existait je me suis dit que ce n’était pas possible et que je voulais la faire, en ce temps-là j’avais 20 ans.

Donc réveil à 6h, mes parents se sont levés avec moi, café, flan, tartines, pom’pot, jus d’orange pressé par maman, douche, sparadraps et énième contrôle de mon sac. Dès le début de cette aventure j’ai décidé de ne pas être accompagné alors j’optimise au maximum sur la tenue et le contenu du sac à dos. J’ai testé mon équipement complet sur 2 sorties de 4h30 à S-1 et S-2. Je reviendrai peut-être sur ma préparation mais mon critère n°1 a été de ne rien laisser au hasard. Je suis déterminé à réussir dans de « bonnes » conditions.

Départ 7h avec la Clio des parents, le GPS indique une arrivée à Millau à 8h20, petit coup de stress en me disant que je n’ai pas beaucoup de marge. J’ai prévu de ne pas arriver trop tôt à Millau pour ne pas avoir à trop attendre avant le départ, néanmoins, j’appuie sur le champignon et je trace à 150 sur l’A75. Si le temps à mon réveil était nuageux, plus je me rapproche de Millau et plus le ciel se dégage, le soleil se lève sur ma route, le paysage est déjà magnifique. Lorsque j’aperçois le viaduc, j’appelle Stef. Elle était la seule depuis fin Août à savoir ce que je préparais, c’est ma course, à moi, je ne veux rien partager tant que je n’ai pas franchi la ligne d’arrivée. J’ai une motivation énorme et l’entendre renforce ma détermination, je vais le faire.

Arrivée à 8h10 à Millau je me gare à 300m du Parc de la Victoire, je me dis que le nom de ce parc a été choisi pour cette course. Je suis détendu, je récupère mon dossard en 5 minutes, je me balade 10 minutes, récupère un tee-shirt que je mets directement au fond de mon sac en me disant qu’il se mérite et que je ne suis qu’à 100 km de le mériter. Je m’installe dans les gradins et étale mon bazar sur 4 sièges. Je prends mon temps, je mets ma tenue en vérifiant chaque centimètre de chaque habit, les plis, les coutures, j’accroche mon dossard, le 1007. Mon voisin de derrière m’interpelle et me demande si j’ai déjà couru un 100km, lui est inscrit au Marathon. Je lui réponds que c’est mon premier mais qu’en 2015, j’avais couru le marathon de Millau. A l’époque je ne pensais qu’au 100km, mais je n’y avais pas cru jusqu’au bout, au moment de l’inscription. Néanmoins à cette même époque et durant ce week-end, je m’étais lancé dans une autre grande aventure. Je ne poursuis pas la discussion avec lui, je lui souhaite bon courage et retourne dans ma bulle.

9h15 je suis prêt, une photo que j’envoie à Stef et aux filles, une compote, un pipi et je rejoins le cortège qui part à 9h30. La météo est belle, il est attendu 28°C en début d’après-midi, c’est tout bon pour moi car je supporte bien la température. J’ai la patate, je souris aux gens qui sont très nombreux sur les bords du cortège. J’avais décidé de partir dans les derniers et seconde règle que je me suis fixée dans ce projet, respecter mon plan. 9h55 dernière Pom’pot, j’ai le feu dans mes jambes, je suis impatient car je me sens au top. 10h départ de la course, je mets bien 2 ou 3 minutes à faire le premier pas car je pars dans les 5 derniers, je franchis la ligne, c’est parti, je suis heureux.

Les premiers km se font à une allure plus lente que l’objectif de 10,5-11 km/h que je me suis fixé. Il y a beaucoup de monde, des marcheurs, des groupes, il n’est pas toujours simple de doubler facilement et il faut parfois emprunter le trottoir. J’ai un très mauvais souvenir des trottoirs car, lors d’un 10km à Angers, je m’étais tordu une cheville en montant sur un trottoir. Je reste vigilant et poursuis en sous-régime. Il fait bon, le paysage est comme je l’avais vu 3 ans auparavant, magnifique. De nombreux supporters nous encouragent, les sourires sont partout et je suis étonné par tous ces participant(e)s qui papotent, moi je suis dans ma bulle et commence à analyser ce que je peux.

Passage du panneau 5km, premier ravitaillement à Aguessac où je mets en application ma 3ème règle : m’arrêter à chaque ravitaillement pour manger et boire. Si boire est une évidence, j’ai vite compris lors de mes longues sorties d’entrainement que la réussite de ce projet dépendait de l’alimentation. Je récupère des abricots secs et cherche des bananes, qui seront les seuls aliments en plus des 3 barres de céréales que j’ai avec moi que je mangerai durant cette journée. Malheureusement, il n’y a plus de banane d’épluchée, une dame m’en découpe une en 4 morceaux…j’imagine qu’elle a fait cela pour m’aider mais je ne vois pas en quoi c’est plus simple d’éplucher une banane coupée en 4. Je me dis que les bananes sont bien faites avec une petite poignée sur le haut du fruit qui permets de l’éplucher si facilement…bref, je m’arrête et épluche mes morceaux de bananes comme je peux, je mange et repars. Passage de la zone suiveurs et de nouveau, la route est encombrée avec l’arrivée des vélos. J’ai un tout petit doute sur le plan que je respecte car, le fait de partir en dernier me contraint à de nombreux dépassements. J’arrive au 10km en même-temps que je rattrape un meneur d’allure, 1h03, 5 minutes de plus que mon plan.

Je poursuis à la même allure car je vais bien, pause pipi, ravitaillement à Rivière sur Tarn, je remercie autant que je peux les bénévoles car, s’ils ne savent peut-être pas à quel point ils sont importants, pour moi qui suis sans accompagnateur, ils sont indispensables à la réussite de ma course. Je poursuis et profite du paysage. Bien que la température commence à s’élever, je garde mes manches et mon bandeau autour du cou, j’aime quand il fait chaud et j’ai prévu de les enlever le plus tard possible. Passé Boyne, je sens une gêne derrière ma cuisse gauche. Je m’inquiète car je n’ai jamais eu de douleur à cet endroit, j’avance, la douleur persiste. Je me dis que, depuis le départ, je cours moins vite que mon objectif correspondant à la préparation que j’ai faite, j’accélère significativement et me mets à doubler du monde. Je doute car mon objectif est, comme tous les participants j’imagine, de me préserver. La douleur disparait quasi immédiatement, je me rassure, et arrive au Rozier, km 20, je ralentis. Je traverse le Tarn, c’est beau, je suis content. Première petite côte, un papy barbu est dos au milieu de la route et avance en reculant, dans un immense sourire il me dit que je suis le 555èm. Ma foulée est bonne mais je commence à avoir des crampes aux ventres, je ne suis pas inquiet car je n’ai pas eu de douleur de ce type durant ma préparation. Les crampes au ventre s’accentuent, j’ai lu que de nombreux abandons étaient dus à des problèmes intestinaux, mais moi je ne peux pas abandonner. Je pense avoir trop mangé car, depuis mon réveil je mange tout ce que je peux. Je décide de limiter mes prochains ravitaillement à de l’eau sucrée, tout est prévu à Millau et je trouve mon bonheur en passant aux ravitaillements des 25 et 30km. A ce moment, la route est bonne, je range mes manches et mon bandeau. Je me fixe dans l’idée de faire un 10km qui m’emmèneront jusqu’au Marathon. Je double beaucoup de monde et croise des concurrents dans de sales états, un s’est claqué, j’entends une participante lui proposer de la crème chauffante, je ne me retourne même pas, je n’ai rien pour l’aider et me dis que, si l’ambiance à Millau est formidable, nous sommes chacun dans notre propre galère. J’efface toute idée négative et avance, mes jambes commencent à être lourdes, j’ai hâte d’arriver à Millau.

En rentrant dans Millau, cela fait maintenant 6 ou 7 km que je suis un homme aux cheveux blanc, il a l’air facile et moi, je sens que je fatigue. J’ai réfléchi à mes ravitaillements que je dois optimiser, car, je me suis rendu compte qu’immédiatement après le ravitaillement, j’avais soif. En effet, je bois 3 ou 4 verres puis je mange abricot/banane et reprends ma course. Le sucre reste dans ma bouche et la sensation est désagréable. Afin de me recharger en énergie, je prévois de manger une barre de céréales que j’ai sur moi 500 mètres avant le ravitaillement à Millau, erreur. J’avais pourtant essayé cette marque de barre de céréales durant mes longues sorties de préparation mais, aujourd’hui, impossible d’avaler la première bouchée qui reste coincée dans ma gorge, je panique, je respire par le nez, je ne vois pas encore le parc des victoires et il me faut de l’eau, je vois des gens qui déjeunent aux terrasses des restaurants et prévois de m’arrêter à l’une d’elle. Finalement, je rentre dans le parc des victoires, je remonte l’allée, me cale le reste de ma barre de céréales au fond du gosier et me jette sur le premier verre d’eau qui m’aide à me gaver, mon marathon est terminé, je cours depuis 4h15, je suis 248èm.

Je décide de m’arrêter un moment, je bois et comme prévu, contacte Stef pour lui donner des nouvelles, je m’accroupi et discute avec elle 2 minutes. Ces 2 minutes me font beaucoup de bien, je raccroche et là, je me sens tout de suite mal. J’ai les jambes lourdes, j’ai toujours des crampes au ventre et l’idée que je chassais depuis plusieurs semaines d’imaginer courir 58 km après avoir couru un marathon me revient en pleine tête. Je pense au sms que Guillaume m’a envoyé ce matin au réveil « pour l’éternité… », le clin d’œil à France 98 m’avait fait sourire pourtant, je me rends encore plus compte que, si je termine la course, cela restera graver dans moi alors si mon éternité ne vaut rien, je dois devenir centbornard à Millau, c’est cette année, je suis préparé pour y arriver, je vais repartir. Avant de me lancer, je me prépare un verre d’eau avec du sel. Stef m’avait préparé un petit sachet de sel, je fais une blague à une bénévole en me faisant un rail de sel, elle se marre en me voyant, me demande pourquoi je ne bois pas de la St-Yorre si j’ai besoin de sel ? Merci madame, je terminerai mon 100km en buvant des litres de St-Yorre.

Je repars mais je ne me sens pas bien dans mon corps, dans ma tête. Je quitte Millau et voit marqué à la peinture sur le sol, en sens inverse, 97km, je veux voir cette inscription dans le bon sens. Nouveau ravitaillement puis j’arrive au pied de la première vraie difficulté, la côte du viaduc de Millau, le paysage est immense, il n’y a pas un nuage. Dès les premiers mètres, comme j’avais prévu, je diminue mon allure, je sens immédiatement que ça tape dans ma poitrine, mon cœur s’accélère, je marche. Je me retourne, j’ai à peine parcouru 100m dans cette cote et je me retrouve à marcher. Rapidement, un petit groupe de 5 personnes se forme. Des regards s’échangent et une personne me demande si j’ai des crampes, je lui réponds par la négative et lui me réponds qu’il en a, pourtant il repart au petit trop. Je le recroiserai lors de mon retour de St-Afrique, moi dans la côte, lui dans la descente, il ne sert à rien de tenter des choses à Millau. Voir que tous les coureurs qui m’entourent sont, au moins, aussi mal que moi et marchent avec moi me redonne de l’énergie. A Millau, rien n’est facile pour personne. Je suis pourtant doublé par un concurrent dont le suiveur a un énorme drapeau Vendéen, il me regarde et me dis de m’accrocher. Je marche près de 10 minutes et dépasse le panneau 50km, j’envoie un sms à Stef et je commence à faire mon premier calcul pour me rendre compte qu’au rythme de marche actuel, j’arriverai à Millau dans 10 heures. Je passe sous les arches du pont en pensant que la cote est terminée, il reste pourtant quelques centaines de mètres et enfin, du plat. 3 personnes âgées boivent à l’ombre d’un arbre, je me sens con. J’aperçois un ravitaillement qui n’était pas prévu, j’apprends que l’organisation a ajouté des ravitaillements compte-tenu des fortes chaleurs, j’en profite pour ne pas me remettre à courir tout de suite, je m’arrête, je bois et, je suis enfin prêt à repartir. La descente vers St-Georges de Luzençon débute immédiatement après la côte, c’est raide et je décide de me laisser aller, j’ai lâché mon petit groupe, mes jambes sont encore solides et je fais de grandes enjambées. Je prends les virages au plus court en traversant la route, cela m’amuse d’imaginer que j’évite de faire quelques mètres supplémentaires. La descente se passe bien, la douleur musculaire est présente mais je sens que je peux me faire mal, j’arrive au ravitaillement, je m’accroupi un instant, 1 à 2 minutes, je sens que je vais mieux.

Je repars au petit trop, j’ai du mal à évaluer la vitesse à laquelle je cours mais je rattrape des coureurs, cela me motive. Je ne vise aucun classement particulier mais, comme je me répète depuis l’Esaip, ce qui est fait n’est plus à faire. J’enchaine les kilomètres, je suis concentré pour maintenir un rythme régulier. La route, bien qu’en faux-plat montant, offre de longs passages à l’ombre, je reprends des forces et, avant le kilomètre 60, je croise le futur vainqueur de l’épreuve, je l’applaudis, quelle classe, quelle vitesse. J’arrive à St-Rome de Cernon, énième ravitaillement : St-Yorre, banane, abricot. J’ai l’idée de mettre une poignée d’abricots secs dans ma poche, je sais que la côte de Tiergues approche et que je vais marcher, j’en profiterai pour manger.

Dès que la pente apparaît, je marche mais les sensations n’ont rien à voir avec la côte précédente, j’ai accepté que je ne pourrai pas courir dans les côtes. Néanmoins, je marche vite et tente même de courir, par moment, sur des centaines de mètres. Dès que la pente faiblie, je me remets à courir, je croise un autre concurrent de retour vers Millau, je lui lève le poing, il me sourit et me fait le même geste, la gagne, je me sens bien. J’arrive en bon état en haut de la côte de Tiergues, souvent je me retourne pour apercevoir le viaduc, il reste caché. La route redescend, petite pause pipi et je me rends compte que je dois boire davantage. Je me prépare à manger une deuxième barre de céréales que je grignote par tous petits bouts, pas question de revivre la même expérience qu’à l’arrivée du marathon. Je passe le km65 et arrive au ravitaillement en ayant mangé ma poignée d’abricots et une barre de céréales. Je bois, je mange, je bois. Une dame me dit que dans 12 km je serai au même endroit, mon cerveau ne réagit pas. Je repars et me laisse une nouvelle fois aller dans la descente, il y a du monde sur le bord de la route qui encourage. Je ressens une légère brûlure sous mes doigts de pied, je planifie de changer mes chaussettes à St-Afrique. Finalement la douleur partira et je garderai la même paire durant toute la course. Le fait de savoir que j’ai un change me fait du bien, si un début d’ampoule se manifeste, je pourrai réagir. J’avance bien, mon téléphone sonne, je marche et décroche, il s’agit d’un futur locataire d’un appartement que je loue. Je lui rappelle que c’est Stef qui doit lui remettre les clés, il insiste pour que je vienne car il a apporté une bouteille de champagne et souhaite que nous la buvions ensemble. Je lui indique qu’avec toute ma bonne volonté, je ne pourrai pas être présent (j’habite en région parisienne) mais que nous boirons la bouteille à une autre occasion. A cet instant je vois le panneau St-Afrique, je raccroche et oh que oui je vais le boire le champagne. Au même moment que j’entre dans St-Afrique, il est tout juste 17h30, j’apprends que le vainqueur est arrivé à Millau et surtout, je sais à ce moment que j’irai au bout des 100km.

Au ravitaillement, je cours depuis 7h41 et je suis 165ème, je bois tout ce que je peux et cale une poignée d’abricots dans ma poche pour la seconde cote de Tiergue. J’aperçois sur une table de la saucisse sèche qui me fait envie. Je n’ai pas fait le test de la charcuterie lors de mes longues sorties d’entraînement, dommage car je ne tenterai rien durant la course. Je croise le regard du suiveur au drapeau Vendéen qui me reconnais tout de suite, il vient à côté de moi et me dis qu’il n’aurait jamais imaginé me voir ici avec lui, vu dans l’état où il m’avait doublé, je lui réponds que je me suis accroché. Je repars un verre d’eau à la main, je le bois et cherche une poubelle. L’organisation a mis le paquet pour récupérer tous les déchets, je n’ai pas envie d’être le premier débile à jeter mon verre par terre. Je fais un écart et me dirige vers une poubelle. Je dois soulever le couvercle mais celui-ci est vraiment très sale. Depuis le matin, je pioche à manger dans les assiettes des ravitaillements, je ne veux pas toucher cette poubelle, je continue ma route mon verre à la main. Je traverse St-Afrique en courant avec mon verre à la main. Finalement je trouve une poubelle remplie dont le couvercle est entrouvert, je m’arrête et contorsionne ma main pour mettre ce verre dans la poubelle, tout cela pour ne pas avoir « perdu » 30 secondes de plus au ravitaillement. Je me dis qu’il faut que je revienne à des choses simples : courir et m’arrêter si besoin.

J’attaque la côte en marchant, je suis hyper confiant, je m’inquiète car je ne suis pas de nature confiante, pourtant, je suis vraiment hyper confiant, je me sens fort, je vais terminer les 100km de Millau. Il est 18h10, petit coup de fil en marchant à Stef, je l’informe que je vais terminer, lorsque je raccroche et jusqu’à l’arrivée et même encore en écrivant ces lignes, j’aurai souvent les yeux mouillés, les émotions c’est con, mais c’est bon. La côte défile, parfois les passages sont raides, j’enchaine de la course, de la marche rapide et des abricots. Je retrouve la dame du ravitaillement que j’avais vu, 12km plus tôt.

J’ai un très bon rythme, je descends la côte de Tiergue en me laissant aller, je repose mes bras, je reçois des tonnes d’encouragement de participants en sens inverse. Arrêt rapide à St-Rome –de-Cernon, la fin de journée approche et la fraîcheur arrive, je suis bien. En repartant je me dis que je remettrai mes manches et mon bandeau au prochain ravitaillement. Je rattrape une nouvelle fois mon ami Vendéen, il me dit qu’avec le sourire que j’ai, je vais terminer fort la course. Je déboule dans le faux-plat du pont du Dourdou et me rends compte que la chaussée est bombée. Je me rappelle d’une sortie dans les Landes cet été sur le même type de route et décide de courir au milieu de la route pour éviter de trop solliciter mes chevilles. Je me dirige vers le prochain ravitaillement et bêtement, je tape un trottoir avec mon pied, la douleur est forte, je m’énerve et j’ai envie de hurler. Lorsque je retirerai mes chaussures à l’arrivée, je me rendrai compte que mes 2 gros doigts de pied sont bleus et cette douleur me réveillera toutes les nuits pendant plusieurs jours. Je décide de prendre un Doliprane, je m’équipe contre la fraîcheur qui s’est installée et cela me réconforte. Je retrouve mon ami Vendéen, nous échangeons quelques mots, il m’encourage, ça fait du bien. Je garde mon rythme tout en sachant que je peux accélérer. J’arrive à St-Georges de Luzençon, le soleil a disparu derrière les montagnes.

La route en faux-plat est plaisante, les douleurs sont largement supportables, les kilomètres défilent mais un moucheron ou une poussière me rentre dans l’œil. Immédiatement et par réflexe, je me frotte et me tartine un mélange de banane écrasé et de sucre dans l’œil. Je m’énerve car c’est un risque que j’avais identifié et dont je faisais attention depuis ce matin, parfois en faisant les écarts sur la route pour éviter ce genre d’incident. Finalement, mes doigts collants m’ont peut-être permis d’enlever l’intrus et j’arrive au dernier ravitaillement avant la côte du Viaduc, la dernière de la journée, celle qui m’a fait souffrir 40 km plus tôt. Je suis bien, les douleurs aux ventres ont disparu, je n’ai pas soif. Je décide de boire 2 verres de St-Yorre, cale une nouvelle poignée d’abricots dans ma poche et repars immédiatement. Dès que la route s’élève, je cours quelques mètres puis marche. Néanmoins, je sens que je peux courir, j’accélère ma foulée et double le vendéen, il arrivera 15 minutes après moi à Millau. Des concurrents se sont équipés de leur lampe frontale, comme d’habitude, j’attends le dernier moment pour m’équiper. Finalement je ne m’équiperai pas et courerai dans la nuit noire, avec pour objectif de rattraper les petites lumières des autres participants éparpillées sur la route.

Enfin, je vois le viaduc, je l’ai cherché et attendu toute l’après-midi, il est éclairé et j’attends maintenant avec impatience de voir le panneau de ville de Millau. La fin de la côte se passe au petit trot. Un bus me double, je m’écarte sur le bas-côté et vois, à l’intérieur du bus, qu’il est 20h06, je n’ai pas vu le panneau Km90 mais je me mets à penser que je peux arriver à 21h. Le panneau Millau et enfin je plonge dans la descente. Je cours à fond et me marre quand je double des participants qui doivent me prendre pour un cinglé, il reste moins de 10 km et, l’euphorie certainement, m’écarte de mon plan de course, je vais le payer.

J’arrive au dernier ravitaillement, je ne m’arrête même pas pour boire. Il reste 5 km, je vais terminer à mon rythme. Je vois marqué au sol Km96, je sais alors que dans 1Km je vais voir la marque au sol que j’avais vu en début d’après-midi. Je suis dans la ville, il fait nuit et des gens sont présents pour nous encourager. Km 97, gros coup de barre, plus rien dans les jambes, en quelques secondes je me sens faible, mon champ de vision se rétrécit, mal de crâne. Je sais ce que j’ai, mais je n’ai plus de sucre sur moi et dans moi. Je ralenti et trotte. Une femme que je viens de doubler me redouble, je décide de me caler dans son sillage. Les douleurs sont fortes, je pense à l’arrivée, j’ai l’impression d’avoir un trou dans le ventre. Je double un homme complètement à la dérive, il s’accroche à l’épaule de sa femme qui l’accompagne à vélo, devant lui son fils m’encourage, peut-être a-t-il vu que ma démarche en demandait. Je passe le pont, virage à droite, voie ferrée, je double 3 copains dont l’un d’eux n’avance plus, ils le poussent, ces derniers kilomètres ne font pas rêver. Ma meneuse d’allure flanche complètement, je la double. Un papy me hurle « 300 mètres, il reste 300 mètres », je remonte la rue où, ce matin, j’ai participé au défilé, virage à droite et je rentre dans le parc de la Victoire, il fait nuit, petite côte sur un terrain sablonneux, je suis tout seul dans l’allée, je me redresse, je ne sais pas à quoi ressemble l’arrivée. Je suis les barrières, j’entre dans le gymnase, je serre les poings, c’est fini, je cours depuis 11h03, je suis 112èm.

Dans le gymnase, des centaines de personnes, de la lumière blanche qui me perce le crâne, je rigole, je l’ai fait. On me donne un sac de sport vide ! Je me dirige vers le ravitaillement, il y a plein de monde, que font-ils là, je cherche un appui, j’ai la tête qui tourne, je m’accroupis. Une maman quitte la table du ravitaillement, elle vient à mon niveau et me demande si je veux voir un médecin, je lui demande du jus de fruit, elle me l’apporte, je bois et sens ma tête qui se rallume, je lui souris et atteins enfin la table. J’attrape une bouteille de jus et bois, je sens le sucre faire son effet. Cette fin de course me rappelle que je n’ai pas respecter mon plan une fois en ne m’arrêtant pas correctement aux deux derniers ravitaillements et que cela aurait pu me faire échouer.

Finalement, je suis resté plus d’une heure et demie dans le gymnase avant de prendre la route et rentrer chez moi. 5 minutes après mon arrivée, j’ai envoyé un Sms à Stef pour lui dire que j’étais arrivé et que j’allais bien, je l’ai appelé seulement une heure après car je n’arrivais pas à parler. En reconnectant mon portable, j’avais reçu plein de message de copains qui m’ont fait plaisir et effectivement, je confirme, je suis une machine. Mon cerveau est en purée, je n’arrive pas à savoir ce que je veux faire, je suis assis et regarde les gens arriver, à chaque passage c’est une grande émotion, beaucoup de sourires, quelques larmes, je sais ce qu’ils ont fait et je partage cette émotion. Mon collègue vendéen arrive et vient me saluer, on échange 2 minutes et on se souhaite à bientôt, ces petits échanges resteront un grand souvenir également. Je bois énormément, peut-être 1,5L et je décide de quitter le gymnase pour rentrer chez moi. Je me suis changé, j’ai changé de baskets mais j’ai préféré garder mes chaussettes tellement mes doigts de pied sont douloureux. En descendant le parc, je retrouve la femme avec qui je suis arrivé, j’apprends qu’elle est 7ème au classement des femmes. J’avance tout doucement, d’ailleurs je n’ai pas envie d’avancer. J’avance tellement doucement mais je rattrape un homme qui, comme moi porte un gros sac de sport. J’arrive à son niveau, on se regarde et on se sourit sans échanger un mot, nous savons la journée que nous venons de passer.

Je monte dans ma Clio, je rejoins l’A75, le Viaduc de Millau est derrière moi, demain c’est Aligot.

Au final :

– Une bonne préparation physique et mentale m’ont permis de réaliser cet objectif.

– Je confirme que l’investissement dans un peu de matériel m’a rendu la journée plus facile.

– La mise en place et le suivi d’un plan de course a été indispensable.

– 700 km de courses à pied réalisés en Août et Septembre.

– Je n’ai pas remangé d’abricot sec et banane depuis 2 mois que la course est passée.

– Je n’ai pas eu de blessure.

– Je n’avais pas préparé la récupération après la course, ce point sera à travailler pour un prochain rendez-vous.

– 1 mois avant la course j’ai fait une cure de vitamine C, magnésium et insisté sur les protéines + fruit/légumes crus. Je recommencerai.

– Des nouveaux projets de ce type me viendront à l’idée mais, cette course, je l’attendais depuis très longtemps et restera ma première fois.